Dix ans à guider des visiteurs sur ce même bout de littoral m’ont appris une chose : presque personne ne devine, en arrivant, que le Mucem et le fort Saint-Jean se visitent en un seul mouvement. Les deux sites se touchent, reliés par une fine passerelle suspendue au-dessus de l’eau, et pourtant la moitié des gens que je croisais au musée ignoraient que le fort, juste en face, se visite librement et gratuitement.
Commencer par le J4, le bâtiment qui regarde la mer
Le bâtiment principal du Mucem, que tout le monde appelle le J4 du nom de l’ancien môle portuaire sur lequel il est posé, mérite d’être abordé tôt, avant l’afflux du milieu de journée. Sa résille de béton noir, qui filtre la lumière méditerranéenne en motifs mouvants, se traverse par une rampe extérieure en spirale qui mène au toit-terrasse : la vue sur le Vieux-Port et sur Notre-Dame-de-la-Garde, au loin, vaut à elle seule le détour, même sans billet pour les expositions. Comptez une heure et demie pour une visite tranquille d’une exposition temporaire, davantage si la collection permanente vous retient.
Traverser la passerelle vers le fort
C’est la partie que les visiteurs pressés sautent, à tort. La passerelle qui enjambe la darse relie directement le toit du J4 au fort Saint-Jean, sans redescendre au niveau de la rue. Elle se traverse en deux minutes, mais offre un angle sur la ville qu’on n’a nulle part ailleurs : d’un côté la cathédrale de la Major, de l’autre l’entrée du port. Le fort lui-même, forteresse du XVIIe siècle remaniée au fil des siècles, se parcourt en accès libre : jardins méditerranéens, chapelle, terrasses successives d’où le regard porte jusqu’aux îles du Frioul.
Un bâtiment pensé pour dialoguer avec le fort
Le J4 n’a pas été construit au hasard face au fort Saint-Jean. L’architecte Rudy Ricciotti, à qui l’on doit cette résille de béton fibré unique en Europe, a volontairement dessiné un bâtiment bas et sombre pour ne jamais concurrencer la silhouette claire et massive de la forteresse voisine. Le contraste entre les deux, le contemporain face à l’ancien, la dentelle de béton face à la pierre pleine, fait partie de ce qui rend la visite intéressante même pour qui n’entre dans aucune exposition : il suffit de marcher entre les deux pour comprendre le dialogue voulu par les concepteurs du site.
Le bon ordre et le bon rythme
Pour une demi-journée, je conseille toujours le même sens de visite : le J4 en premier, quand l’esprit est encore disponible pour une exposition dense, puis le fort en fin de parcours, où l’on marche plus qu’on ne lit. L’inverse fonctionne aussi, mais fatigue davantage : on arrive au musée les jambes lourdes après avoir grimpé les terrasses du fort en plein soleil. Prévoyez de l’eau et un chapeau en été, le J4 offre peu d’ombre sur son toit.
Où faire une pause entre les deux
Le café du Mucem, installé sur la terrasse du J4, permet une pause à mi-parcours sans quitter le site. Pour un déjeuner plus long, le quartier du Vieux-Port, à cinq minutes à pied par la traverse qui longe la cathédrale, offre davantage de choix qu’à l’intérieur même du site. C’est aussi l’occasion de repasser devant les paniers de pêcheurs du quai des Belges, si l’horaire matinal du marché aux poissons le permet encore.
Le meilleur moment pour la lumière
Si votre demi-journée peut se caler en fin d’après-midi plutôt qu’en matinée, la lumière rasante qui tombe sur la darse entre le J4 et le fort change complètement l’ambiance des deux sites. C’est le moment que je recommandais le plus souvent aux visiteurs venus en été : moins de chaleur sur les terrasses exposées du fort, et une résille du Mucem qui projette des ombres mouvantes bien plus photogéniques qu’en plein midi. Les derniers accès au fort ferment généralement une demi-heure avant la tombée de la nuit, un horaire à vérifier selon la saison avant de caler sa visite trop tard.
Une fois la visite terminée, l’envie de prolonger la découverte de la ville par la décoration de son propre intérieur n’est jamais loin : notre rubrique décoration & maison détaille justement comment accrocher et mettre en valeur ce qu’on a envie de rapporter d’une exposition. Pour organiser sa journée marseillaise autour des musées gratuits, notre rubrique vie pratique recense aussi les rendez-vous mensuels à ne pas manquer. Le site du Mucem publie les horaires et les expositions en cours, utiles à vérifier avant de partir : certaines salles ferment un jour dans la semaine.







