Tomettes et carreaux de ciment marseillais : rénover sans remplacer

Avatar de Inès Bouvier

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Sur plusieurs chantiers marseillais, j’ai vu des propriétaires s’apprêter à tout arracher pour poser du carrelage neuf, sans savoir que le sol d’origine, sous une couche de peinture ou de résine, valait largement la peine d’être sauvé. Les tomettes et les carreaux de ciment anciens traversent les décennies bien mieux qu’on ne le pense, à condition de les traiter avec les bons produits et sans précipitation.

Deux matériaux, deux logiques de rénovation

Les tomettes, ces carreaux d’argile cuite hexagonaux ou carrés que l’on trouve dans la plupart des maisons provençales anciennes, se distinguent nettement des carreaux de ciment, plus tardifs, composés d’un mélange de ciment, de sable et de pigments coulés en couche fine sur une base plus épaisse. Les premières supportent bien le décapage mécanique et l’acide dilué ; les seconds, plus fragiles en surface, demandent davantage de précaution, car un produit trop agressif attaque directement les pigments et fait perdre le motif en quelques minutes.

Identifier ce qui se cache sous le revêtement actuel

Avant tout achat de produit, un test dans un coin peu visible, sous un meuble ou dans un placard, permet de savoir à quoi on a affaire. Gratter délicatement avec un couteau à enduit ou une spatule métallique révèle en général la texture d’origine sous la peinture ou la résine qui la recouvre. Si le motif du carreau de ciment réapparaît net sous une simple humidification, la rénovation sera plus rapide que redoutée ; si la surface est piquée ou fissurée en profondeur, il faudra compter sur un ponçage plus long, voire le remplacement ponctuel de quelques carreaux.

Le décapage, étape la plus longue mais la moins technique

Le décapage reste l’étape qui demande le plus de patience. Pour une peinture ancienne, un décapant chimique adapté aux sols minéraux, laissé à agir puis retiré à la spatule, donne de meilleurs résultats qu’un ponçage mécanique brutal, qui risque d’entamer la surface des carreaux les plus anciens. Sur des tomettes très encrassées, un mélange d’eau chaude et de savon noir, appliqué à la brosse dure puis rincé abondamment, suffit souvent à faire remonter les couleurs d’origine sans aucun produit agressif.

Les carreaux manquants, la réparation la plus délicate

Il n’est pas rare qu’un ou deux carreaux manquent totalement, cassés ou arrachés lors de travaux antérieurs. Avant de chercher un remplacement identique, souvent introuvable, mieux vaut inspecter les zones les moins visibles du logement, sous un meuble fixe ou dans un placard : il arrive qu’un artisan ait posé quelques carreaux de réserve du même lot lors de la construction, une pratique courante dans les maisons anciennes du pourtour marseillais. À défaut, certains ateliers spécialisés reproduisent des motifs à l’identique à partir d’un seul carreau d’origine apporté en modèle, une solution plus coûteuse mais qui évite une rupture visuelle dans le sol.

La finition à l’huile de lin, un geste ancien qui marche toujours

Une fois le sol propre et parfaitement sec, la finition traditionnelle des tomettes reste l’huile de lin, appliquée en plusieurs couches fines et espacées de vingt-quatre heures. Elle nourrit la terre cuite en profondeur, ravive les tons ocre et brique caractéristiques, et forme une protection naturelle contre les taches sans donner l’aspect plastifié d’un vernis moderne. Les carreaux de ciment, eux, préfèrent une cire spécifique ou une résine mate à faible brillance, l’huile de lin ayant tendance à jaunir leurs pigments clairs avec le temps.

Le clin d’œil de Salernes

Impossible d’évoquer les sols en terre cuite provençaux sans mentionner Salernes, petite commune du Var qui a fait de la production de tomettes une tradition artisanale toujours vivante aujourd’hui. Beaucoup des tomettes anciennes qu’on retrouve dans les maisons du pourtour marseillais en sont issues, ce qui explique pourquoi certains carreleurs de la région savent encore reconnaître, presque au toucher, une tomette d’origine locale d’une importation plus récente.

Une fois le sol restauré, le choix des tapis et du mobilier qui viennent par-dessus mérite la même attention : notre rubrique arts & culture montre comment une œuvre bien choisie complète un intérieur au caractère déjà affirmé par ce type de sol. Pour l’entretien courant une fois la rénovation terminée, notre rubrique vie pratique revient régulièrement sur les bons gestes du quotidien dans une maison ancienne.


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